mercredi 20 octobre 2010

Scandalisés mais pas touchés

L'autre jour j'ai vu qu'un garçon de 16 ans avait été arrêté pour le viol d'une fille de 8 ans. Les gens sont scandalisés - et c'est effectivement scandaleux. Mais ce n'est peut-être pas surprenant. C'est ce qui arrive quand on vit dans une culture pornifiée. Quand on vit dans une culture qui vend les femmes, qui dégrade les femmes, qui fait d'énormes profits en dépeignant les femmes comme des objets sexuels, constamment disponibles, attendant juste que ta bite (ou aucun autre objet de passage) soit insérée dans son vagin et son rectum, on ne devrait pas être surpris quand les générations qui viennent croient que les femmes veulent être traitées ainsi. Les enfants "mineurs"* auront accès à la pornographie et seront affectés par ce qu'ils verront. Je me souviens avoir vu la collection de porno du frère d'un ami quand j'étais en primaire. Ces images, et ce qu'elles signifiaient pour moi, sont restées avec moi. Quand je disais aux hommes qui m'utilisaient et me vendaient que ça faisait mal, ils me disaient que non, que j'aimerais ça - exactement comme les femmes dans les films qu'ils regardaient le disaient.

Je ne crois pas qu'elles aient aimé ça non plus, à en juger par l'expression de souffrance sur leur visage.

Les défenseurs de la pornographie disent que c'est un fantasme inoffensif. Mais cela n'a rien d'un fantasme pour les femmes qui y sont utilisées ("actrice" et "mannequin" me semblent être des étiquettes trop douces pour la réalité : poupée gonflable). Ou pour les femmes dont les partenaires regardent de la pornographie et veulent qu'elles imitent ce qu'ils voient, ignorant complètement leur intimité et l'égalité. Ou pour nos enfants qui apprennent la sexualité et les dynamiques relationnelles entre les sexes de cette façon. La pornographie ne parle pas d'égalité entre partenaires sur les besoins et les désirs. Elle parle de l'affirmation du pouvoir et de la possession, de mensonges et de désinformation.

La majeure partie de la pornographie hétéro ne dépeint pas de sexe "sécuritaire" - dans aucun des sens du terme. Les hommes portent rarement un préservatif, et les femmes sont montrées subissant des pénétrations orales, vaginales et anales (plus grand risque d'infection) par de nombreux hommes. Ou alors le même homme baise de nombreuses femmes, l'une après l'autre, sans préservatif. "Chevauchée à cru", comme l'industrie aime appeler ça. À quelle fréquence la pornographie montre-t-elle l'application de lubrifiant ? Ou n'importe quelle sorte d'effort tendant vers le bien-être de la femme. Elle est là uniquement pour faire bander l'homme : celui qu'on montre en train de la baiser, celui qui manie la caméra, celui qui fait de l'argent en la vendant et celui qui se branle sur elle chez lui sur son sofa. Son bien-être, physique ou émotionnel, ne fait tout simplement pas partie du tableau.

Alors avec les garçons et les filles qui découvrent souvent la sexualité via la pornographie, on a un problème. Les femmes pensent que leurs besoins et leurs désirs ne sont pas légitimes - il n'y a pas de place pour eux. Les femmes dans la pornographie n'ont pas de désirs ou de besoins autres que d'être touchée n'importe comment, baisée n'importe comment, répondant aux désirs et aux exigences de l'homme. Des filles qui grandissent ressentent le poids de l'attente. Des garçons pensent qu'être "viril" implique de traiter les femmes comme des objets sexuels, d'être dominateur, et de baiser les femmes sans intimité ni respect. Il est difficile d'apprendre l'intimité et le respect dans une culture de pornographie agressive, surtout quand cette culture est si dominante. Le fist-fucking, les gang bangs et les double pénétrations ne vont pas vraiment main dans la main avec le respect. Et la présence d'une caméra et d'une audience ne crient pas exactement à l'intimité.

La valeur humaine est hors du tableau.

On devrait arrêter d'avoir l'air surpris quand des hommes ou des générations plus jeunes de garçons traitent les femmes comme des objets sexuels dans la vraie vie, et prendre un peu nos responsabilités pour une fois. Après tout, si nous acceptons que les femmes soient traitées ainsi dans les magazines et les dvd, et que nous défendons cela, que nous l'achetons et en rions ("les mecs sont des mecs !"), pourquoi cela ne changerait pas la façon dont les hommes traitent les femmes dans la vie de tous les jours et la façon dont les femmes se voient elles-mêmes ? Nous avons besoin de réfléchir un peu, de réaliser quelle est notre part là dedans et de prendre action pour stopper la normalisation de l'objectification sexuelle des femmes. Tant que nous ne sommes pas préparés à agir, à faire les choses différemment, nous restons scandalisés. Mais pas touchés.

* Je trouve ça étrange que quand une femme atteint 18 ans, son statut change magiquement et elle devient soudainement exploitable légalement dans la pornographie.. Est-ce qu'atteindre un certain âge fait soudainement qu'un humain n'a plus besoin de protection et de dignité ? De même que l'âge d'accès à la pornographie - à 18 ans devient-il soudainement acceptable de se joindre à l'achat et la maltraitance de femmes dans la pornographie ? Je ne dis pas ici que les mineurs ne devraient pas être protégés mais je demande plutôt pourquoi l'inquiétude pour le bien-être d'un humain disparaît quand un mineur devient adulte au nom de la loi.

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