samedi 12 novembre 2011

Les joies du syndrome de stress post-traumatique

Je pourrais m'asseoir et écrire de millions de façons différentes pourquoi la prostitution et la pornographie sont si profondément destructrices, et sont donc des maux très graves à surpasser. Mais en réalité, là, maintenant, je suis juste beaucoup trop brisée pour faire quoi que ce soit qui requière un tel effort mental et d'articulation.

Je suis au-delà de la fatigue.

Fracassée
Épuisée
Les os fatigués

La cause ? Mon SSPT est repassé à la vitesse supérieure. Je suis tout simplement engloutie dans la reviviscence du traumatisme du passé. C'est comme si j'y étais submergée, et maintenant il n'y a plus moyen de sortir ma tête de l'eau.

Tellement d'images qui courent dans ma tête ! Mon corps se tend et tremble, vomit et souffre : migraine, maux d'estomac, mal aux muscles, douleurs aux vieilles blessures. Quand je dors, j'ai des cauchemars, et quand je me réveille, je tombe dans une attaque de panique. Mon coeur bat plus vite, j'ai du mal à ouvrir la bouche pour manger.

En thérapie j'ai commencé à faire des incursions dans le récit de choses parmi les pires qui me sont arrivées, ce que je sais être nécessaire : tout ça me ronge comme un cancer et au mieux, fait barrage entre moi et une vie heureuse. Au pire, ça risque de me foutre complètement en l'air : parfois c'est tellement insupportable à vivre qu'il me semble que ce serait mieux si je n'étais pas là.

J'ai encore ce vieux besoin de me faire du mal. Quand je suis dissociée, parfois je me sens comme si j'étais coincée en dehors de mon corps sans pouvoir y retourner, ce qui m'effraie. Tout semble irréel, à commencer par moi. À ces moments, la pensée de l'automutilation se suggère comme un moyen de retourner à l'intérieur de moi-même : je suis réelle, je peux sentir la douleur, je saigne. À d'autres moments, quand la souffrance mentale atteint un tel niveau que je sens que je ne peux plus le supporter, pas une seconde de plus, l'automutilation se suggère comme un moyen de me détacher : sentir la tension s'écouler avec le sang dans l'évier, sentir le calme, la distance, m'inonder.

Je suis soit trop détachée, soit trop dans mon corps. J'ai peur de moi-même, d'être seule avec ma tête, et j'ai peur des autres gens parce que je ne veux plus souffrir. Je ne fais confiance à personne.

J'ai besoin de parler aux gens, de leur dire ce qui se passe dans ma tête, précisément. Je suis très forte en généralisations : "je ne me sens pas très bien", "prise de tête", "mauvais souvenirs"... Des mots qui veulent dire quelque chose mais qui ne veulent rien dire. Je suppose que je suis à nouveau de retour à cet endroit crucial où il faut oser dire exactement ce dont je me souviens et ce que je revis. Cela me semble représenter un énorme pouvoir à donner à quelqu'un, même quelqu'un à qui je fais confiance. Par le passé ma survie a dépendu de ma capacité à plaire aux autres, à ne pas faire de vagues, à passer les maltraitances sous silence. M'entendre parler de ce qu'il y a dans ma tête ne va pas être facile, et la moindre réaction négative, ou potentielle réaction négative, perçue ou réelle, de la personne à qui je parle, déclenche une peur massive, que je ressens physiquement et mentalement. Je n'aime pas l'idée de transmettre les images dans ma tête, qui me remplissent de honte et me rendent malade, dans la tête de quelqu'un d'autre.

Alors je suis épuisée. Je revis certains des moments les plus horribles de ma vie. Mon thérapeute a dit, vous avez été torturée. J'ai été, mais j'ai l'impression d'être encore torturée et je suppose avec réalisme que ça ne va pas passer rapidement. On commence tout juste à essayer d'examiner tout ça. Je suppose que je dois continuer à m'accrocher. La fatigue et la tristesse font partie de cet aller de l'avant. Mais la souffrance ? Ce que ces choses me font ressentir ? Cela défie toute description.

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