mardi 7 septembre 2010

Putain d'intimité

J'ai réalisé que dans ma vie passée il y avait la baise, et il y avait l'intimité. Les deux ne se rencontraient jamais ! Le concept de sexualité amoureuse, dans une relation entre égaux, m'était complètement étranger. Dans un contexte de violence, le choix ne veut rien dire. J'ai fait ce que je devais pour rester en sécurité, parfois en initiant des relations sexuelles même quand je n'en voulais pas, pour tenter d'éviter des coups. Ou alors j'ai fait ce qu'on me forçait à faire, que ce soit par la contrainte physique ou par la menace de violence. Je n'avais aucun contrôle sur mon corps, sur ce qui lui arrivait, sur qui y avait accès, qui l'utilisait et le en abusait. Traitée comme un animal, j'en suis devenue un - vivant par instinct, sans dignité et sans respect. Viol et dignité, violence et dignité, pornographie et dignité ne sont pas compatibles.

Incapable de m'éloigner physiquement de ce qui m'arrivait, je me suis éloignée mentalement : je m'anesthésiais. Aujourd'hui encore, mes souvenirs restent en lambeaux, une série d'instantanés préservés dans toute leur gloire en technicolor, avec d'énormes trous entre eux, perdus. Parfois je préférerais ne pas me souvenir des choses dont je me souviens, mais les trous de mémoire me perturbent aussi.

Je continue de lutter pour lier le sexe à l'intimité. Je peux me sentir très détachée quand on me touche, ou alors très vulnérable. Ma position par défaut est celle de la méfiance : d'être blessée, d'être utilisée, d'être humiliée à nouveau. Je continue parfois de pleurer dans un contexte intime. Bien que cela soit un peu gênant, je suppose que c'est une bonne chose. Les larmes apportent une guérison, et c'est un progrès que je m'autorise à ressentir, même si parfois j'aurais préféré me sentir différemment ! M'autoriser à ressentir, à être pleinement présente, dans un contexte sexuel, est quelque chose que je suis encore en train d'apprendre. J'ai dû désapprendre un tas de choses à propos des gens et de mes relations à eux. Tous les hommes ne sont pas comme les hommes que j'ai rencontrés dans ma vie précédente.

Je crois que la confiance se mérite. Je ne la donne pas de façon légère. J'ai vraiment peur d'être blessée à nouveau. Beaucoup. Mais au final je sais que je ne peux pas survivre toute seule, sans faire confiance à qui que ce soit. Sur ce chemin se trouvent la solitude et l'addiction ! Ce n'est pas quelque chose que je tiens pour acquis et cela va et vient à certains moments, mais c'est simplement bon d'être en vie et d'avoir une chance de faire les choses différemment, d'être dans ma propre peau, de constater moi-même mes propres besoins, ou si je ne suis pas sûre de savoir ce que sont mes besoins, simplement de savoir qu'il est normal d'en avoir.

Tu vois ce que je veux dire ?

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