lundi 1 février 2010

Un progrès, pas la perfection

Dans les cercles de parole, ils ont une maxime : ce qui est bien dans la guérison, c'est que tu récupères tes émotions ; et ce qui est mauvais dans la guérison, c'est que tu récupères tes émotions. Ces dernières semaines je dois dire que j'ai trouvé le retour de mes émotions très rude. Quelqu'un que j'aime énormément est sérieusement malade, avec une possibilité de ne pas s'en sortir. C'est à des moments comme ça que je dois me rappeler que je n'ai aucun pouvoir sur les gens, les endroits et les choses.

Quand je buvais et me droguais, je travaillais très dur à aider les gens. Je voulais être tout pour les gens dans ma vie, je crois que c'est parce que je voulais être aimée et nécessaire, et me rendre indispensable aux gens me semblait être un moyen d'être appréciée. Je n'avais aucune estime de moi, et donc je cherchais l'approbation dans les yeux des gens. Si quelqu'un m'aimait, bien (bien que même là je pensais, s'ils me connaissaient vraiment ils penseraient différemment). Si non, c'était infernal : cela me semblait une confirmation que ma plus grande peur était vraie, que les gens pouvaient voir à travers moi et savoir que j'étais une mauvaise personne. Je m'accrochais aux gens à tout prix.

En regardant à quel point j'étais seule, et à quel point j'étais en besoin désespéré d'amour, je ressens de la compassion pour moi-même. Et je me sens triste. À présent, en guérison, je peux me voir plus clairement. Je vois les motifs qui se sont répétés dans ma vie, les failles dans ma personnalité qui m'ont conduit à tomber dans des comportements inadéquats et des relations destructrices. La relation est au coeur du problème : je tends à avoir des relations incroyablement déformées avec tout ce que je croise dans ma vie, des gens à l'argent aux objets de tous les jours auxquels je peux attribuer certains pouvoir au-delà de la réalité. Alors je peux commencer à penser que certains vêtements portent chance ou malchance, demander à ce que chaque homme dans ma vie soit un chevalier blanc qui me sauvera, devenir superstitieuse avec des rituels. Le rituel était un autre grand truc pour moi quand je me droguais. Et le chevalier blanc...

J'ai toujours tendance à penser de cette façon. Je suis une toxicomane, et ce sont mes positions par défaut. Mais il est vrai que ces jours ci je pense que j'ai plus de valeur, et je ne fais plus des autres des dieux dans ma vie que je haïrai et rejetterai quand, inévitablement, ils ne parviendront pas à me sauver de moi même. Je suis la seule à pouvoir me sauver, avec l'aide des autres. Et les gens ne m'aideront pas si je ne les laisse pas rentrer, et si je ne leur dis pas que j'ai mal et que j'ai peur. Je trouve ça tellement difficile de l'admettre ! Mais j'essaie néanmoins.

En ce moment de tristesse et d'inquiétude, j'ai rassemblé le courage et l'honnêteté pour demander de l'aide à mes amis. Et la grâce de savoir que je ne peux pas le sauver, que je ne suis pas Dieu, que je peux seulement faire ce que je peux et prendre soin de moi et rendre le reste. C'est difficile, et j'ai peur et j'ai mal, et je continue de me sentir seule souvent, mais c'est un progrès.

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