mercredi 8 février 2012

Bon client, mauvais client ?

Les clients veulent qu'on leur masse l'ego, pas juste la bite. S'ils fantasment sur le pouvoir et la force et l'humiliation, ils veulent voir la peur et la honte dans tes yeux. S'ils fantasment d'être bons avec les femmes, ils veulent que tu dises que tu les aime, que tu parles avec eux. S'ils fantasment d'être bons amants, et bien... oh oui bébé, j'adore quand tu fais ça... hmmm, c'est tellement booon...tu es incroyable... oh, tu me fais mouiller...

Ou pas. Ca me faisait halluciner que les clients que j'ai rencontré puissent avoir été assez stupides pour croire que ce qu'ils me faisaient pouvait réellement donner un orgasme à qui que ce soit. Allô ! Il est peut-être temps de couper le porno et de se débarrasser de l'idée que me défoncer n'importe quel orifice avec n'importe quoi va me rendre extatique. Et puis, ça ne t'est jamais venu à l'idée de te laver les parties avant de me les fourrer dans la tronche ? Juste comme ça.

Parfois ils veulent être le bon gars, en dépit de toute évidence. Ils veulent se différencier du client moyen, ils ne veulent pas être mis dans le panier des inadaptés sexuels, des misogynes et des pervers. Je ne suis pas comme ça ! Les filles m'aiment parce que je les comprends, je leur parle. Les filles m'aiment parce que je suis un bon amant.

Conneries !

Qu'est-ce que tu veux, une putain de médaille parce que tu as choisi de ne pas être un sadique décomplexé aujourd'hui ? Donc tu ne m'as pas crié ni tapé dessus. Pas exactement de quoi devenir un saint. Peut-être que tu m'as demandé comment je vais, pourquoi je suis ici, en prétendant de t'intéresser (tu ne veux pas réellement le savoir), pour te sentir mieux. Cela démontre soit de la stupidité soit une ignorance volontaire de l'évidence, que tout ce que je vais dire dans ce contexte sera un mensonge pour ta commodité, pour apaiser ta conscience. La désobéissance et la répartie sont potentiellement mortelles pour une prostituée donc je dois dire ce que tu veux entendre. Alors je vais te dire que je suis là parce que j'adore le sexe, et j'aime te parler et j'aime être là, j'aime ta compagnie et ta bite, et je vais prétendre que je ne suis pas ici pour l'argent ou pour la drogue et à cause d'un enfer mental causé par les abus que j'ai subis par le passé. Et tu ignoreras les cicatrices d'auto-mutilations et l'odeur d'alcool, et tu repartiras en pensant que tu as peut-être même amélioré ma journée ! Wow, tu ne m'as pas tabassée - merci pour ça.

Si tu tu te sentais réellement concerné par mon bien-être, tu ne serais pas là, tu ne serais pas un client. Un peu de pseudo-gentillesse ne peut pas cacher ça.

Tu es quand même en train de payer pour mon corps, tu demandes quand même une performance, tu violes quand même mon espace, tu finances quand même le système qui me détruit, un mensonge à la fois. Qu'ils désirent consciemment ta souffrance ou qu'ils cherchent l'affirmation de leur technique sexuelle, les clients sont les gars avec l'argent, les gars qui prennent les décisions, ceux avec le pouvoir. Ils sont quand même là pour te baiser, pour t'utiliser, pour te dégrader. Ils demandent quand même que tu répondes de la façon qui les fait jouir, que ce soit par l'abjecte terreur quand ils te font mal, ou comme la gentille petite fille qui joue, oh, c'est si amusant ! Ils ne veulent pas que tu sois toi-même - c'est pour ça qu'ils payent plutôt que d'être avec une copine. Même la "girlfriend experience" consiste à acquiescer à tous leurs caprices. Ils te payent pour être moins qu'humaine, pour n'avoir aucun besoin ou désir par toi-même, pour être utilisée comme ils le veulent, pour réagir comme ils le veulent, pour dire ce qu'ils veulent, ton corps la toile blanche pour leurs fantasmes, même les plus extrêmes, les mots dans ta bouche, leurs mots pas les tiens. Si quelqu'un te parle avant de te baiser, ça ne réduit pas la violence.

L'omniprésence du porno légitime évidemment la façon de penser des clients. Cela leur enseigne que les femmes veulent se faire baiser de toutes les façons possibles, qu'importe à quel point ça peut avoir l'air extrême ou douloureux. Elle aimera ça au fond, usée et abusée et couverte de foutre, souriant pour la caméra.

Tu les hais, et ils t'utilisent, que ce soit plus ou moins brusquement, avec plus ou moins de mouvements et de paroles hardcore. Une situation perdant-perdant, une toile de mensonges faite pour masser leur ego, les faire éjaculer. Je peux dire honnêtement que ça n'a rien fait pour moi. Moins que ça, en fait. Ca a juste laissé un putain de tas de cicatrices émotionnelles qui guérissent bien plus lentement que les cicatrices physiques. Et un désir brûlant de mettre les choses à plat avec les clients. Ils doivent devenir honnêtes avec eux-mêmes. Il n'existe pas de bon client.

6 commentaires:

  1. Si tu n'es pas contrainte, alors tu devrais changer de métier, car manifestement tu ne l'aimes pas.
    Mais pourquoi parler au nom des autres ? J'ai entendu sur France Culture un jour une prostituée penser différemment, et elle était pas contente que certaines tiennent ce discours là.

    RépondreSupprimer
  2. Tiens, une réponse attendue pour se déculpabiliser ... n'as tu pas lu la souffrance de ce monde patriarcal qui lui a imposé des traumatismes ?
    Est ce pour te donner bonne conscience de penser que toutes se font plaisir ? whouaaa, atterri mec !

    RépondreSupprimer
  3. Merci Angel K pour ton témoignage, merci pour toutes ces femmes qui n'ont pas la parole, qui ne peuvent pas s'exprimer ou qui sont contraintes, et qui souffrent l'enfer de la prostitution.
    A ceux qui croit leurs sourires de façade, ou les déclarations de la toute petite minorité qui revendique, temporairement ce choix, la réponse d'une personne prostituée:
    « Comment les prostitué-e-s pourraient –ils-elles dire publiquement à leurs clients, vous nous dégoutez, on n’en peut plus de faire semblant, de supporter vos manies, vos fantasmes et votre crasse ».
    Par ailleurs ont-elles la possibilité, ces personnes prostituées, de dire qu’elles sont sous emprise d’un proxénète (compagnon ou pas), d’un réseau ?  Combien de personnes prostituées ont dit un jour : « Tout va bien, j’aime ce que je fais et je gagne bien ma vie, je suis libre » puis plus tard ont exprimé leurs souffrances et la violence subie, les associations qui accompagnent les personnes prostituées en rencontrent des milliers.

    Merci Angel K de tout coeur avec toi.

    RépondreSupprimer
  4. Merci pour ces témoignages, et bon courage pour faire face aux insultes et aux tentatives de déculpabilisation. C'est douloureux à lire (et sûrement à écrire) mais c'est important et admirable que vous ayez le courage de prendre la parole.
    Je suis aussi de tout cœur avec vous.

    RépondreSupprimer
  5. Je comprends tout à fait ce que vous pouvez ressentir...toutefois ne généralisez pas trop ( NON CE N EST PAS DE LA DECULPABILISATION tout simplement parce que j en ai pas besoin ), je connais certaines filles qui font se métier ar il leur permet de gagner entre 7000 et 10000 euros par mois....ne veulent pas travailler comme tout le monde ( oui oui, je vous assure, et ce n est pas un mytho ) à 1300 euros par mois 8 heures par jour ( bien qu elles me disent etre incapable de faire plus de 2 / 3 heures de prestations par jour, et je les comprends ). Le but de certaines : mettre dans les 500 000 euros de coté e, qqes années, s acheter une maison, et tout arreter.... alors peut etre que je ne connais QUE des exceptions, mais voila pour mon experience

    RépondreSupprimer
  6. @ Anonyme du 26 juin2013
    La prostitution, qu'elle soit sur internet, en bordels ou dans la rue, c'est à 90% des femmes contraintes à la prostitution par des proxénètes (fondation Scelles 2012), criminels qui violent, tuent, enlèvent, et transforment par une violence inimaginable des femmes vulnérables en esclaves à leur solde.
    Par un système de dettes, d'amendes, de revente de proxénète en proxénète… la très grande majorité des femmes prostituées ne gagnent rien ou que des clopinettes, et vivent dans la terreur avec des menaces sur elles et leur famille au pays. Certains riverains témoignent avoir vu ces femmes fouiller les poubelles pour se nourrir. L'argent va de la poche d'un homme à celle d'un autre homme.
    La très grande majorité des personnes prostituées finissent dans la misère !

    Partout en Europe, la plupart sont maintenant des étrangères (nigérianes, roumaines,...) et leur mac ne sont jamais loin.
    « J’étais terrorisée durant toutes les années où on m’a contrainte à la prostitution. » « Nous étions des dizaines, confie Margit. Elles ont toutes été humiliées et torturées. »  « les proxénètes font travailler les filles en Suisse comme des esclaves, pour qu’elles rapportent encore plus. Alors, quand elles tombent malades et rapportent moins que prévu, ils piquent des rages folles. Ils deviennent sadiques et les coups pleuvent. « Mon souteneur me brûlait le corps avec des cigarettes et me torturait avec des objets, sans épargner mon sexe. Il disait que les femmes doivent savoir où se trouve leur place. »  LE MATIN, 26 AOÛT 2010
    http://www.interet-general.info/spip.php?article14439

    Et même pour les françaises, la majorité ont des « Julot casse croûte » qui empochent tout comme en témoigne l'ancien truand Alphonse Boudard dans La fermeture : « Qui fut le premier maque… la première pute ? » L’une ne va pas sans l’autre, y compris dans les modernes années 70/80 : « Toutes les estimations parlent de 90 à 95 % de filles protégées. Du haut en bas de l’échelle… depuis les hôtesses de luxe qui laissent entre 40 et 50 % de leur bénéfice aux organisateurs du réseau jusqu’aux filles des rues de Budapest, Joubert, Blondel, etc, qui sont toujours maquées dans la vieille tradition de la comptée ».

    RépondreSupprimer