J'ai réalisé que dans ma vie passée il y avait la baise, et il y avait l'intimité. Les deux ne se rencontraient jamais ! Le concept de sexualité amoureuse, dans une relation entre égaux, m'était complètement étranger. Dans un contexte de violence, le choix ne veut rien dire. J'ai fait ce que je devais pour rester en sécurité, parfois en initiant des relations sexuelles même quand je n'en voulais pas, pour tenter d'éviter des coups. Ou alors j'ai fait ce qu'on me forçait à faire, que ce soit par la contrainte physique ou par la menace de violence. Je n'avais aucun contrôle sur mon corps, sur ce qui lui arrivait, sur qui y avait accès, qui l'utilisait et le en abusait. Traitée comme un animal, j'en suis devenue un - vivant par instinct, sans dignité et sans respect. Viol et dignité, violence et dignité, pornographie et dignité ne sont pas compatibles.
Incapable de m'éloigner physiquement de ce qui m'arrivait, je me suis éloignée mentalement : je m'anesthésiais. Aujourd'hui encore, mes souvenirs restent en lambeaux, une série d'instantanés préservés dans toute leur gloire en technicolor, avec d'énormes trous entre eux, perdus. Parfois je préférerais ne pas me souvenir des choses dont je me souviens, mais les trous de mémoire me perturbent aussi.
Je continue de lutter pour lier le sexe à l'intimité. Je peux me sentir très détachée quand on me touche, ou alors très vulnérable. Ma position par défaut est celle de la méfiance : d'être blessée, d'être utilisée, d'être humiliée à nouveau. Je continue parfois de pleurer dans un contexte intime. Bien que cela soit un peu gênant, je suppose que c'est une bonne chose. Les larmes apportent une guérison, et c'est un progrès que je m'autorise à ressentir, même si parfois j'aurais préféré me sentir différemment ! M'autoriser à ressentir, à être pleinement présente, dans un contexte sexuel, est quelque chose que je suis encore en train d'apprendre. J'ai dû désapprendre un tas de choses à propos des gens et de mes relations à eux. Tous les hommes ne sont pas comme les hommes que j'ai rencontrés dans ma vie précédente.
Je crois que la confiance se mérite. Je ne la donne pas de façon légère. J'ai vraiment peur d'être blessée à nouveau. Beaucoup. Mais au final je sais que je ne peux pas survivre toute seule, sans faire confiance à qui que ce soit. Sur ce chemin se trouvent la solitude et l'addiction ! Ce n'est pas quelque chose que je tiens pour acquis et cela va et vient à certains moments, mais c'est simplement bon d'être en vie et d'avoir une chance de faire les choses différemment, d'être dans ma propre peau, de constater moi-même mes propres besoins, ou si je ne suis pas sûre de savoir ce que sont mes besoins, simplement de savoir qu'il est normal d'en avoir.
Tu vois ce que je veux dire ?
mardi 7 septembre 2010
mercredi 1 septembre 2010
Sur les rêves et le rêveur
Je me réveille, un enchevêtrement de pensées confuses et de souvenirs, de membres et de draps. Je sens la sueur couler le long de mon dos, le long de mon visage. Trempée. Le rêve que je faisais était un parmi d'autre, faisait partie d'un cycle, un ensemble habituel. Ces rêves...
Ils sont une poussée vers l'extérieur de mon subconscient, un vomissement de matière repoussée et enterrée pour ma survie. Quand je rêve comme ça je rejoue, je revis, mon passé. Ça me hante. Les images peuvent changer mais pas le scénario : je regarde un corps, un corps qui m'appartient et qui ne m'appartient pas, je regarde mon ex et les autres hommes le maltraiter.
Ce corps !
Il peut courir mais il ne peut pas les semer, il peut résister mais il n'a aucune chance. Impuissance désespérée. Mon corps. Moi. Je suis le spectateur, le voyeur, je suis la peur et la honte, la souffrance et la terreur. Je suis mes émotions, dans mon corps mais trop, ou alors je suis déconnectée, un esprit flottant, rattachée par le plus fin des fils.
Je suis et je ne suis pas.
Sensation si réelles dans ces rêves. Trop réelles. Être touchée et je ne veux pas. Vouloir crier mais rien ne sort. Essayer de voir mais la noirceur d'un bandeau. Le sens des réalités en panne, l'odeur et le goût et le toucher en vie et accablants.
Mon esprit est en train d'intégrer des choses, lentement oui, mais certains blackouts, les trous de mémoire, se remplissent. En toute honnêteté, parfois je préférerais ne pas me souvenir.
Une image.
Une sensation.
Un instantané.
Un instantané.
Curieusement, glorieusement, séparée de mon corps, là mais pas là.
La souffrance et l'obscurité font partie de moi, je choisis de ne pas y vivre ces jours-ci en cours de guérison mais je ne peux pas l'empêcher de s'écouler lentement hors de moi, faisant son chemin, l'Inacceptable faisant son chemin à travers moi. Aucune quantité de déni, aucune quantité de distraction, ne l'arrêtera. Invoulu ? Oui. Tellement douloureux que mon corps entier en a mal. Mais nécessaire, absolument. Mon corps et mon esprit se guérissant à un niveau plus profond que je ne peux le comprendre. Être entendu amène la guérison, être accepté amène la guérison, et j'ai besoin de m'entendre et de m'accepter.
samedi 28 août 2010
Oh, et PS...
Juste une note sur mon dernier article... le gentleman avec qui je parlais qui donnait l'opinion qu'un club de lapdance n'était qu'un "simple divertissement" utilisait comme principale justification le fait que "c'est un mec". Ok, donc c'est un mec - mais et alors ? Ca ne signifie pas qu'il doive agir comme un déchet. En fait, je trouve ça sexiste d'impliquer que c'est un homme donc il doit voir les femmes comme des objets sexuels. Cette ignorance et ce consternant manque de pensée cohérence derrière des pratiques sexistes et nuisibles ne cesseront jamais de m'abasourdir. Personnellement, j'aime croire qu'un homme n'est pas gouverné par son pénis et a en réalité la même capacité de self-control qu'une femme. Je crois qu'on appelle ça égalité.
La défense des clients
C'est la voix de chacun des hommes qui m'a frappé, chaque homme qui m'a touchée quand je ne voulais pas être touchée, chaque homme qui m'a achetée. "Les mecs sont comme ça... ce n'est qu'un club de lapdance". Je peux lire les sous-titres, pas de problème : C'est quoi ton problème ? Quelle puritaine ! C'est juste un petit divertissement inoffensif.
Un putain de divertissement inoffensif.
Je ne crois pas, non. C'est l'achat de femmes, la vente d'une inégalité, la légitimation d'un abus. Tout cela justifié au nom du "passer bon moment", le tout encadré par l'échange d'argent (bien que la majorité de cet argent n'aille pas à la femme qu'on regarde et qu'on touche).
Si elle peut être traitée de cette façon, comme un ensemble de trous, un morceau de viande pour satisfaire les hommes, moi aussi je peux, et toutes les femmes le peuvent. Il serait idiot de penser que les gens qui voient le lapdance et la pornographie comme la norme ne portent pas cet état d'esprit avec eux dans leur façon d'agir avec les femmes au quotidien. Regarder régulièrement un matériau, ou aller dans des endroits, que ce soit un club de lapdance ou un bordel, où les femmes sont traitées comme moins qu'humaines, ça te change.
Un putain de divertissement inoffensif.
Je ne crois pas, non. C'est l'achat de femmes, la vente d'une inégalité, la légitimation d'un abus. Tout cela justifié au nom du "passer bon moment", le tout encadré par l'échange d'argent (bien que la majorité de cet argent n'aille pas à la femme qu'on regarde et qu'on touche).
Et pourtant c'est moi qu'on accuse d'être extrême, déraisonnable pour oser émettre une objection, suggérer qu'il puisse y avoir un autre regard à porter sur tout ça. !!!!. Inquiètes d'êtres qualifiées de prudes si elles ne se joignent pas à la cacophonie de voix qui soutient la vente des femmes, trop de femmes choisissent d'être "libérales" au sujet de l'oppression de leurs soeurs. J'ai ressenti cette pression moi-même ! Jeune et naïve, je me suis jointe au rire de mes compagnons face à la pornographie, à certaines de ses images les plus extrêmes (regarde ce qu'il lui met dans la chatte et dans le cul ! on croirait que ça fait mal mais elle adore, elle sourit !) - jusqu'à ce que je me retrouve moi-même du mauvais côté de la caméra, frappée, utilisée, vendue, déchirée - "souris !" - et que je réalise ce que tout ça signifie pour moi.
Si elle peut être traitée de cette façon, comme un ensemble de trous, un morceau de viande pour satisfaire les hommes, moi aussi je peux, et toutes les femmes le peuvent. Il serait idiot de penser que les gens qui voient le lapdance et la pornographie comme la norme ne portent pas cet état d'esprit avec eux dans leur façon d'agir avec les femmes au quotidien. Regarder régulièrement un matériau, ou aller dans des endroits, que ce soit un club de lapdance ou un bordel, où les femmes sont traitées comme moins qu'humaines, ça te change.
Loin du proxénétisme, des coups, loin de ma condition de femme prostituée, je continue de devoir me protéger des gens qui pensent comme ça tout le temps. Pour moi, ça touche des vieux nerfs, ça reflète cette attitude de "prendre et jeter" des clients. Cela me ramène dans le passé. Je pleure, je tremble, parfois je vomis.
Peut-être que si ces gens pouvaient voir les conséquences, voir la réalité de ce qu'ils font aux femmes qu'ils utilisent, ils pourraient se construire une conscience. Peut-être, peut-être pas. Je ne mets pas trop d'espoir là-dedans pour l'instant. Parfois les enfants ne veulent pas voir la vérité. La vérité se met sur le chemin du divertissement, de l'orgasme. Je suppose que tout ce que nous pouvons faire est continuer d'afficher la vérité, là dehors. Nous nous sommes débarrassés du bear baiting (NDT : ancien "sport", jusqu'au XIXe siècle, qui consistait à attacher des ours pour les faire attaquer par des chiens), n'est-ce pas ? Peut-être qu'un de ces jours les droits des femmes rattraperont leur retard.
vendredi 2 juillet 2010
Sur les gueules de bois émotionnelles
Mes cicatrices attirent mon attention, maintenant que j'ai des rencarts, pour voir un homme. Il remarque et il est curieux. Je ne suis pas habituée aux questions. J'avais les mêmes cicatrices de mon ex quand je me suis prostituée, mais les clients n'en avaient que faire. Faisant une fixation sur les seins et les trous, matières premières de la pornographie, je ne crois même pas qu'ils les aient ne serait-ce que remarqués.
Peut-être que si. Ils n'auraient pas pu rater les entailles sur mes bras, une tentative désespérée de ma part de survivre, de vivre avec l'invivable, d'être moi dans mon corps, moi dans le naufrage de ma vie. Ils n'auraient pas voulu savoir, de toute façon. Après tout, n'est-ce pas là tout le but de la pornographie, de la prostitution, d'être l'achat et l'utilisation sans culpabilité d'une femme comme un objet sexuel ? Pas de place pour entendre l'histoire de cette femme, entendre ses émotions, demander comment ça la fait se sentir et comment elle est arrivée là - ça se mettrait sur le chemin. Les acheteurs demandent une expérience sans culpabilité, sans vérité, que ce soit en éjaculant sur le visage de la prostituée qu'ils ont achetée ou en baisant une autre à travers les pages brillantes d'un magasine, l'humanité de la femme encore un peu plus effacée, pour être pliée et mise dans un tiroir.
L'acheteur termine et est libre de continuer avec sa vie de tous les jours. On ne peut pas en dire autant de la femme qu'il utilise ! Elle vit cela, elle sait, on lui réaffirme sur une base quotidienne que sa seule valeur est de servir de réceptacle pour son foutre, un spectacle qui doit rester ouvert, maltraitée, pénétrée et vendue. Elle n'a aucune importance : sa souffrance, ses émotions n'ont aucune importance ; ce qui est important, c'est lui, le vendeur, son plaisir, ses frissons. Tout ce qui importe à propos d'elle, c'est qu'elle est disponible, qu'elle est muette, qu'elle ne montre rien d'autre que du plaisir et de la gratitude pour tout ce qu'il décide de lui faire, peu importe à quel point c'est douloureux ou sadique. Sodomie à sec ? Pas de problème - j'adore ça. Double pénétration ? C'est tellement bon ! Passer de l'anus à la bouche ? Le fisting ? Qu'on me pisse dessus ? J'en veux encore plus.
Comme si. Chaque fois qu'elle était abusée, elle rétrécissait un peu, devenant "moins". Chaque fois qu'il la maltraitait, il grandissait un peu, devenant "plus". Son pouvoir à lui grandit tandis que le sien à elle diminue. Les limites n'existent plus désormais. Ces actes sexuels qu'elle n'a pas voulu, qui la font souffrir et l'humilie et la dégradent arrivent un par un. Il manque à son "non" le pouvoir et la possibilité de sortir de cette situation pour se mettre en sécurité. Tu entends ces mots sortir de sa bouche, en demandant encore plus, gémissant de plaisir, disant qu'elle aime ça, ses mots à lui, mais dans sa bouche à elle. Il est le marionnettiste. Apprenez-ça d'une femme qui sait, l'humiliation ultime c'est d'être forcée à remercier ton abuseur, à demander d'être abusée encore plus. Je me suis scarifiée, j'ai bu et je me suis droguée, je me suis dissociée, je me suis endormie en pleurant quand il y avait des cauchemars attendant juste de me retrouver là où il était parti.
Avec mon ex, je savais ce qu'on attendait de moi. La violence, et sa menace, étaient constantes. On me disait de sourire pour les photos, de dire que j'aimais ça pour la caméra. Parfois il était clair que je n'étais pas là par choix - il y avait des stries des coups de ceinture et des hématomes, et de la violence dans la film (et ça vend bien dans certains coins), mais pas toujours. C'est facile d'ignorer ce que tu ne veux pas voir. Pour l'utilisateur de pornographie, il a derrière lui le poids d'une société qui justifie et normalise son achat de femmes comme un "truc de mec". Une société qui, en plus, dit : ne t'inquiète pas pour elle, elle aime ça, ça la libère, ça lui donne du pouvoir, ça lui permet de faire plein d'argent.
Trois ans après ma sortie, les bleus ont disparu. Les plaies se sont transformées en cicatrices qui seront avec moi pour le reste de ma vie. Mais ce sont les cicatrices mentales qui me font le plus souffrir. Mon syndrome de stress post-traumatique est redevenu violent récemment, et il n'est pas toujours facile de vivre avec mon passé, la maltraitance. Cela continue à impacter sur mon présent, la "gueule de bois émotionnelle" d'avoir été vendue, et que le société continue à choisir d'ignorer. C'est un piège dont il est difficile de se tirer. Tout ce que je sais c'est que, bien que cela puisse être douloureux, essayer d'avancer est la seule option. C'est une belle chose d'être avec quelqu'un qui compte pour moi. Je vais utiliser tous les moyens à ma disposition pour laisser tout ça derrière moi pour pouvoir enfin réellement apprécier ce que j'ai.
L'acheteur termine et est libre de continuer avec sa vie de tous les jours. On ne peut pas en dire autant de la femme qu'il utilise ! Elle vit cela, elle sait, on lui réaffirme sur une base quotidienne que sa seule valeur est de servir de réceptacle pour son foutre, un spectacle qui doit rester ouvert, maltraitée, pénétrée et vendue. Elle n'a aucune importance : sa souffrance, ses émotions n'ont aucune importance ; ce qui est important, c'est lui, le vendeur, son plaisir, ses frissons. Tout ce qui importe à propos d'elle, c'est qu'elle est disponible, qu'elle est muette, qu'elle ne montre rien d'autre que du plaisir et de la gratitude pour tout ce qu'il décide de lui faire, peu importe à quel point c'est douloureux ou sadique. Sodomie à sec ? Pas de problème - j'adore ça. Double pénétration ? C'est tellement bon ! Passer de l'anus à la bouche ? Le fisting ? Qu'on me pisse dessus ? J'en veux encore plus.
Comme si. Chaque fois qu'elle était abusée, elle rétrécissait un peu, devenant "moins". Chaque fois qu'il la maltraitait, il grandissait un peu, devenant "plus". Son pouvoir à lui grandit tandis que le sien à elle diminue. Les limites n'existent plus désormais. Ces actes sexuels qu'elle n'a pas voulu, qui la font souffrir et l'humilie et la dégradent arrivent un par un. Il manque à son "non" le pouvoir et la possibilité de sortir de cette situation pour se mettre en sécurité. Tu entends ces mots sortir de sa bouche, en demandant encore plus, gémissant de plaisir, disant qu'elle aime ça, ses mots à lui, mais dans sa bouche à elle. Il est le marionnettiste. Apprenez-ça d'une femme qui sait, l'humiliation ultime c'est d'être forcée à remercier ton abuseur, à demander d'être abusée encore plus. Je me suis scarifiée, j'ai bu et je me suis droguée, je me suis dissociée, je me suis endormie en pleurant quand il y avait des cauchemars attendant juste de me retrouver là où il était parti.
Avec mon ex, je savais ce qu'on attendait de moi. La violence, et sa menace, étaient constantes. On me disait de sourire pour les photos, de dire que j'aimais ça pour la caméra. Parfois il était clair que je n'étais pas là par choix - il y avait des stries des coups de ceinture et des hématomes, et de la violence dans la film (et ça vend bien dans certains coins), mais pas toujours. C'est facile d'ignorer ce que tu ne veux pas voir. Pour l'utilisateur de pornographie, il a derrière lui le poids d'une société qui justifie et normalise son achat de femmes comme un "truc de mec". Une société qui, en plus, dit : ne t'inquiète pas pour elle, elle aime ça, ça la libère, ça lui donne du pouvoir, ça lui permet de faire plein d'argent.
Trois ans après ma sortie, les bleus ont disparu. Les plaies se sont transformées en cicatrices qui seront avec moi pour le reste de ma vie. Mais ce sont les cicatrices mentales qui me font le plus souffrir. Mon syndrome de stress post-traumatique est redevenu violent récemment, et il n'est pas toujours facile de vivre avec mon passé, la maltraitance. Cela continue à impacter sur mon présent, la "gueule de bois émotionnelle" d'avoir été vendue, et que le société continue à choisir d'ignorer. C'est un piège dont il est difficile de se tirer. Tout ce que je sais c'est que, bien que cela puisse être douloureux, essayer d'avancer est la seule option. C'est une belle chose d'être avec quelqu'un qui compte pour moi. Je vais utiliser tous les moyens à ma disposition pour laisser tout ça derrière moi pour pouvoir enfin réellement apprécier ce que j'ai.
mercredi 16 juin 2010
L'industrie du sexe, "féministe" ou artiste du mensonge ?
Récemment j'ai participé à une conférence aux côtés de plusieurs autres orateurs à propos de mon expérience de la violence domestique, de la pornographie et de la prostitution. Comme toujours, j'étais extrêmement anxieuse, mais ces jours-ci j'essaie de ne pas laisser la peur se mettre en travers de mon chemin. Le progrès, pas la perfection ! Une des autres personnes à parler est une ancienne lap-danceuse, Lucy, que j'ai rencontrée quand j'ai parlé à l'événement Foyles plus tôt dans l'année. C'était si agréable d'être aux côtés d'autres femmes qui se dédient à mettre la vérité au grand jour sur l'industrie du sexe et ce qu'elle signifie vraiment pour les hommes et les femmes.
Un des points clés de cette discussion est un point qui me tient particulièrement à coeur : la façon dont l'industrie du sexe a détourné le langage du féminisme pour justifier ses pratiques oppressives (voir Jeux de langage parmi d'autres posts sur ce sujet). Bien que j'aie déjà pas mal écrit à propos de l'utilisation du langage dans la légitimation des abus de l'industrie du sexe dans la société, je n'avais pas réellement beaucoup réfléchi aux soi-disant "féministes" qui défendent l'industrie. Donc pour rectifier...
En bref, pour moi l'idée que quelqu'un qui défend l'achat et la vente de femmes puisse prétendre être une féministe est au-delà de l'ironie : c'est un non-sens. C'est comme si quelqu'un se prétendait activiste des droits de l'homme tout en défendant la pratique de l'esclavage, n'autorisant pas les esclaves à parler librement de leur expérience de cette situation, mais parlant agressivement en leur nom dans un langage de droits pour soutenir leur maltraitance, et insistant pour que l'on change ces termes au nom de l'égalité. Après tout, le vocabulaire de l'achat et de la vente d'êtres humains est terriblement révoltant et dégoûtant, tu ne trouves pas ? Ça donnerait presque l'impression que c'est, et bien, mal.
Si quelqu'un est traité comme moins qu'un humain, aucune quantité de jeux sur les mots ne rendra cela bien. C'est se moquer du langage de l'utiliser de cette façon. La pornographie et la prostitution, c'est la consommation d'une inégalité. Le fait que cela été ré-étiqueté par l'industrie du sexe et quelques soi-disant "féministes" comme étant une source d'empowerment pour les femmes qu'elle utilise ne change pas sa nature réelle. L'industrie du sexe vend les femmes et détruit les vies de celles qu'elle utilise. Point.
Je suis d'accord avec la suggestion d'une autre femme avec qui j'ai parlé à Londres, disant que peut-être que les femmes qui voudraient s'auto-proclamer féministes mais qui sont pro-pornographie devraient à la place se faire appeler militantes positives de de l'abus sexuel. Après tout, pour quoi se battent-elles si ce n'est pour défendre l'abus sexuel d'autres femmes ? Appelons un chat un chat et appliquons un peu de sens commun ici plutôt que de croire aux mensonges.
mercredi 26 mai 2010
Sur l'égalité
L'autre jour je parlais avec une amie de la haine des hommes, et ça m'a fait réfléchir... Je ne hais pas les hommes. Je suis passée par une phase de haine des hommes, quand je "travaillais" comme prostituée, et en y regardant, c'est facile de voir pourquoi. Mon ex partenaire abusait de moi, les hommes qu'il me présentait abusaient de moi et les clients payaient pour abuser de moi. C'était beaucoup plus sécurisant pour moi de dire, les hommes sont des merdes, ils te font souffrir, et de me déconnecter. Je pense que ça a rendu les choses moins personnelles, moins douloureuses pour moi en tant qu'être humain, de dire que tous les hommes sont comme ça.
Maintenant cependant, en guérison, et à mesure du temps, j'en viens à croire quelque chose de différent. À mesure que la colère diminue, et que je peux voir les choses un peu plus clairement, voir la douleur un peu plus clairement, je peux voir mon ancienne vision pour ce qu'elle était : un mécanisme de défense qui était utile dans une situation de traumatisme extrême. Je me suis attaquée à une thérapie pour guérir (j'ai passé 12 mois à voir un thérapeute homme, qui m'a immensément aidée sur mes difficultés à faire confiance aux hommes), et j'ai rencontré quelques hommes bien avec qui je suis devenue amie. J'en suis venue à voir la vérité : de même qu'il y a des femmes gentilles et des femmes méchantes, il y a des hommes gentils et des hommes méchants. Il se trouve juste que j'ai passé plus de temps avec les seconds !
L'industrie porno perpétue un mensonge, elle nous vend un mensonge qui dit que les hommes et les femmes sont fondamentalement complètement différents. Les femmes sont là pour être utilisées, pour être baisées et photographiées et filmées comme des animaux sexuels, qui veulent ça, qui aiment ça, et qui jouissent là-dessus (regarde moi ce sourire !). Les hommes, par contre, sont là pour dominer, pour pénétrer, pour violer, en toute impunité. Tout cela sous le déguisement de la "liberté d'expression", de "plaisirs inoffensifs", de "les hommes sont comme ça". C'est excusé, non, plus que ça, c'est attendu que les hommes se comportent d'une certaine façon, traitent les femmes d'une certaine façon, pour qu'ils soient vraiment des hommes. Les sous-titres sont clairs : si tu refuses d'utiliser de la pornographie, de traiter les femmes comme des objets sexuels, de les voir comme une collection de parties du corps et de "trous" qui existent pour ton plaisir, tu n'es pas vraiment un homme. Similairement, une femme qui se demande si une industrie qui vend les corps des femmes, qui fait des tonnes d'argent pas pour les femmes qu'elle utilise mais pour les hommes qui les vendent, est vraiment "libératrice" et créatrice d' "empowerment" pour les femmes, cette femme est étiquetée comme prude.
L'industrie du sexe a réussi quelque chose de tout à fait remarquable : elle a piraté le langage du féminisme et du choix pour défendre ses pratiques destructrices et oppressives. Et la société a gobé ça tout cru. Je ne crois pas que ce soit facile pour qui que ce soit, homme ou femme, de se dresser contre ce qui est devenu "normal" et qui fait partie de la culture dominante. La société a naturalisé quelque chose qui n'a rien de naturel, qui oppresse les hommes et les femmes. Il n'y a rien de nouveau à propos de l'oppression des femmes, mais la façon dont l'industrie du sexe cherche à éliminer ses opposants en se posant en protectrice de la liberté d'expression, de la justice et de la liberté, a ajouté un obstacle très intelligent et a rendu encore plus difficile pour les gens de se positionner à son encontre.
Les mensonges que l'industrie du sexe nous raconte et nous vend font du tort aux hommes comme aux femmes. Mais nous ne sommes pas obligés de croire à ces mensonges. Je crois que les hommes et les femmes sont égaux, et qu'une relation saine entre les hommes et les bases doit être fondée sur le respect de leur humanité et de leur dignité communes. On saigne tous quand on se coupe. On a tous mal quand on nous frappe. Dire aux hommes qu'ils sont "moins virils" s'ils ne traitent pas les femmes comme des objets sexuels est leur rendre un mauvais service. Dire aux femmes qu'elles sont "prudes" parce qu'elles veulent être traitées comme autre chose que des objets sexuels est leur rendre un mauvais service.
Il n'est pas surprenant qu'une industrie si énormément profitable se défende à tout prix contre les attaques. Ce qui est peut-être plus surprenant, c'est la façon dont notre société a gobé ce mensonge si facilement. Selon mon expérience, une grande partie de l'inaction autour des inégalités que l'industrie du sexe alimente est purement basée sur l'ignorance. Les gens qui n'ont pas une expérience personnelle de l'industrie du sexe regardent les arguments tels qu'ils sont servis (par l'industrie du sexe), et sont attirés par ce qui apparaît superficiellement être le côté du "choix" et de l' "empowerment" des femmes, c'est à dire l'argument de l'industrie du sexe. En tant que survivante de la pornographie, de la prostitution et de la violence domestique, il n'y a rien de plus douloureux pour moi que de regarder d'autres femmes se battre pour défendre les "droits' d'autres femmes à être traitées comme je l'ai été. Les arguments que les défenseurs de l'industrie du sexe utilisent sont abstraits, impersonnels, à grande distance de la réalité, et aseptisé au-delà de toute signification. Je défie qui que ce soit, homme ou femme, qui a vu ce que j'ai vu, qui a fait l'expérience de ce dont j'ai fait l'expérience - être violée, être frappée, être menacée, être vendue - de continuer à défendre les pratiques de l'industrie du sexe. L'utilisation des femmes par l'industrie du sexe est avant tout personnelle ! Être nue et pénétrée et voir les autres se branler sur toi et être utilisée encore et encore, difficile de faire plus personnel.
Alors bien que je reste prudente dans mes interactions avec les hommes (de même qu'avec les femmes : la confiance met du temps à se reconstruire après avoir été si profondément anéantie), je ne crois pas au mensonge de l'industrie du sexe qui dit que les hommes sont à la merci de leurs hormones, contrôlés par leur pénis. Je crois que les hommes méritent qu'on leur donne plus de crédit que ça. Les hommes et les femmes qui s'opposent à ce que fait l'industrie du sexe à notre société, et à la façon dont elle traite les gens qu'elle utilise, doivent joindre leurs forces et se battre ensemble. Tout cela est nécessaire, parce que le triomphe de l'horreur, c'est quand les gens bien s'asseoient et ne font rien. Il est temps de parler, côte à côte, hommes et femmes.
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