samedi 28 août 2010

Oh, et PS...

Juste une note sur mon dernier article... le gentleman avec qui je parlais qui donnait l'opinion qu'un club de lapdance n'était qu'un "simple divertissement" utilisait comme principale justification le fait que "c'est un mec". Ok, donc c'est un mec - mais et alors ? Ca ne signifie pas qu'il doive agir comme un déchet. En fait, je trouve ça sexiste d'impliquer que c'est un homme donc il doit voir les femmes comme des objets sexuels. Cette ignorance et ce consternant manque de pensée cohérence derrière des pratiques sexistes et nuisibles ne cesseront jamais de m'abasourdir. Personnellement, j'aime croire qu'un homme n'est pas gouverné par son pénis et a en réalité la même capacité de self-control qu'une femme. Je crois qu'on appelle ça égalité.

La défense des clients

C'est la voix de chacun des hommes qui m'a frappé, chaque homme qui m'a touchée quand je ne voulais pas être touchée, chaque homme qui m'a achetée. "Les mecs sont comme ça... ce n'est qu'un club de lapdance". Je peux lire les sous-titres, pas de problème : C'est quoi ton problème ? Quelle puritaine ! C'est juste un petit divertissement inoffensif.


Un putain de divertissement inoffensif.


Je ne crois pas, non. C'est l'achat de femmes, la vente d'une inégalité, la légitimation d'un abus. Tout cela justifié au nom du "passer bon moment", le tout encadré par l'échange d'argent (bien que la majorité de cet argent n'aille pas à la femme qu'on regarde et qu'on touche).

Et pourtant c'est moi qu'on accuse d'être extrême, déraisonnable pour oser émettre une objection, suggérer qu'il puisse y avoir un autre regard à porter sur tout ça. !!!!. Inquiètes d'êtres qualifiées de prudes si elles ne se joignent pas à la cacophonie de voix qui soutient la vente des femmes, trop de femmes choisissent d'être "libérales" au sujet de l'oppression de leurs soeurs. J'ai ressenti cette pression moi-même ! Jeune et naïve, je me suis jointe au rire de mes compagnons face à la pornographie, à certaines de ses images les plus extrêmes (regarde ce qu'il lui met dans la chatte et dans le cul ! on croirait que ça fait mal mais elle adore, elle sourit !) - jusqu'à ce que je me retrouve moi-même du mauvais côté de la caméra, frappée, utilisée, vendue, déchirée - "souris !" - et que je réalise ce que tout ça signifie pour moi.

Si elle peut être traitée de cette façon, comme un ensemble de trous, un morceau de viande pour satisfaire les hommes, moi aussi je peux, et toutes les femmes le peuvent. Il serait idiot de penser que les gens qui voient le lapdance et la pornographie comme la norme ne portent pas cet état d'esprit avec eux dans leur façon d'agir avec les femmes au quotidien. Regarder régulièrement un matériau, ou aller dans des endroits, que ce soit un club de lapdance ou un bordel, où les femmes sont traitées comme moins qu'humaines, ça te change.

Loin du proxénétisme, des coups, loin de ma condition de femme prostituée, je continue de devoir me protéger des gens qui pensent comme ça tout le temps. Pour moi, ça touche des vieux nerfs, ça reflète cette attitude de "prendre et jeter" des clients. Cela me ramène dans le passé. Je pleure, je tremble, parfois je vomis.

Peut-être que si ces gens pouvaient voir les conséquences, voir la réalité de ce qu'ils font aux femmes qu'ils utilisent, ils pourraient se construire une conscience. Peut-être, peut-être pas. Je ne mets pas trop d'espoir là-dedans pour l'instant. Parfois les enfants ne veulent pas voir la vérité. La vérité se met sur le chemin du divertissement, de l'orgasme. Je suppose que tout ce que nous pouvons faire est continuer d'afficher la vérité, là dehors. Nous nous sommes débarrassés du bear baiting (NDT : ancien "sport", jusqu'au XIXe siècle, qui consistait à attacher des ours pour les faire attaquer par des chiens), n'est-ce pas ? Peut-être qu'un de ces jours les droits des femmes rattraperont leur retard.

vendredi 2 juillet 2010

Sur les gueules de bois émotionnelles

Mes cicatrices attirent mon attention, maintenant que j'ai des rencarts, pour voir un homme. Il remarque et il est curieux. Je ne suis pas habituée aux questions. J'avais les mêmes cicatrices de mon ex quand je me suis prostituée, mais les clients n'en avaient que faire. Faisant une fixation sur les seins et les trous, matières premières de la pornographie, je ne crois même pas qu'ils les aient ne serait-ce que remarqués.

Peut-être que si. Ils n'auraient pas pu rater les entailles sur mes bras, une tentative désespérée de ma part de survivre, de vivre avec l'invivable, d'être moi dans mon corps, moi dans le naufrage de ma vie. Ils n'auraient pas voulu savoir, de toute façon. Après tout, n'est-ce pas là tout le but de la pornographie, de la prostitution, d'être l'achat et l'utilisation sans culpabilité d'une femme comme un objet sexuel ? Pas de place pour entendre l'histoire de cette femme, entendre ses émotions, demander comment ça la fait se sentir et comment elle est arrivée là - ça se mettrait sur le chemin. Les acheteurs demandent une expérience sans culpabilité, sans vérité, que ce soit en éjaculant sur le visage de la prostituée qu'ils ont achetée ou en baisant une autre à travers les pages brillantes d'un magasine, l'humanité de la femme encore un peu plus effacée, pour être pliée et mise dans un tiroir.

L'acheteur termine et est libre de continuer avec sa vie de tous les jours. On ne peut pas en dire autant de la femme qu'il utilise ! Elle vit cela, elle sait, on lui réaffirme sur une base quotidienne que sa seule valeur est de servir de réceptacle pour son foutre, un spectacle qui doit rester ouvert, maltraitée, pénétrée et vendue. Elle n'a aucune importance : sa souffrance, ses émotions n'ont aucune importance ; ce qui est important, c'est lui, le vendeur, son plaisir, ses frissons. Tout ce qui importe à propos d'elle, c'est qu'elle est disponible, qu'elle est muette, qu'elle ne montre rien d'autre que du plaisir et de la gratitude pour tout ce qu'il décide de lui faire, peu importe à quel point c'est douloureux ou sadique. Sodomie à sec ? Pas de problème - j'adore ça. Double pénétration ? C'est tellement bon ! Passer de l'anus à la bouche ? Le fisting ? Qu'on me pisse dessus ? J'en veux encore plus.

Comme si. Chaque fois qu'elle était abusée, elle rétrécissait un peu, devenant "moins". Chaque fois qu'il la maltraitait, il grandissait un peu, devenant "plus". Son pouvoir à lui grandit tandis que le sien à elle diminue. Les limites n'existent plus désormais. Ces actes sexuels qu'elle n'a pas voulu, qui la font souffrir et l'humilie et la dégradent arrivent un par un. Il manque à son "non" le pouvoir et la possibilité de sortir de cette situation pour se mettre en sécurité. Tu entends ces mots sortir de sa bouche, en demandant encore plus, gémissant de plaisir, disant qu'elle aime ça, ses mots à lui, mais dans sa bouche à elle. Il est le marionnettiste. Apprenez-ça d'une femme qui sait, l'humiliation ultime c'est d'être forcée à remercier ton abuseur, à demander d'être abusée encore plus. Je me suis scarifiée, j'ai bu et je me suis droguée, je me suis dissociée, je me suis endormie en pleurant quand il y avait des cauchemars attendant juste de me retrouver là où il était parti.

Avec mon ex, je savais ce qu'on attendait de moi. La violence, et sa menace, étaient constantes. On me disait de sourire pour les photos, de dire que j'aimais ça pour la caméra. Parfois il était clair que je n'étais pas là par choix - il y avait des stries des coups de ceinture et des hématomes, et de la violence dans la film (et ça vend bien dans certains coins), mais pas toujours. C'est facile d'ignorer ce que tu ne veux pas voir. Pour l'utilisateur de pornographie, il a derrière lui le poids d'une société qui justifie et normalise son achat de femmes comme un "truc de mec". Une société qui, en plus, dit : ne t'inquiète pas pour elle, elle aime ça, ça la libère, ça lui donne du pouvoir, ça lui permet de faire plein d'argent.

Trois ans après ma sortie, les bleus ont disparu. Les plaies se sont transformées en cicatrices qui seront avec moi pour le reste de ma vie. Mais ce sont les cicatrices mentales qui me font le plus souffrir. Mon syndrome de stress post-traumatique est redevenu violent récemment, et il n'est pas toujours facile de vivre avec mon passé, la maltraitance. Cela continue à impacter sur mon présent, la "gueule de bois émotionnelle" d'avoir été vendue, et que le société continue à choisir d'ignorer. C'est un piège dont il est difficile de se tirer. Tout ce que je sais c'est que, bien que cela puisse être douloureux, essayer d'avancer est la seule option. C'est une belle chose d'être avec quelqu'un qui compte pour moi. Je vais utiliser tous les moyens à ma disposition pour laisser tout ça derrière moi pour pouvoir enfin réellement apprécier ce que j'ai.

mercredi 16 juin 2010

L'industrie du sexe, "féministe" ou artiste du mensonge ?

Récemment j'ai participé à une conférence aux côtés de plusieurs autres orateurs à propos de mon expérience de la violence domestique, de la pornographie et de la prostitution. Comme toujours, j'étais extrêmement anxieuse, mais ces jours-ci j'essaie de ne pas laisser la peur se mettre en travers de mon chemin. Le progrès, pas la perfection ! Une des autres personnes à parler est une ancienne lap-danceuse, Lucy, que j'ai rencontrée quand j'ai parlé à l'événement Foyles plus tôt dans l'année. C'était si agréable d'être aux côtés d'autres femmes qui se dédient à mettre la vérité au grand jour sur l'industrie du sexe et ce qu'elle signifie vraiment pour les hommes et les femmes.

Un des points clés de cette discussion est un point qui me tient particulièrement à coeur : la façon dont l'industrie du sexe a détourné le langage du féminisme pour justifier ses pratiques oppressives (voir Jeux de langage parmi d'autres posts sur ce sujet). Bien que j'aie déjà pas mal écrit à propos de l'utilisation du langage dans la légitimation des abus de l'industrie du sexe dans la société, je n'avais pas réellement beaucoup réfléchi aux soi-disant "féministes" qui défendent l'industrie. Donc pour rectifier...

En bref, pour moi l'idée que quelqu'un qui défend l'achat et la vente de femmes puisse prétendre être une féministe est au-delà de l'ironie : c'est un non-sens. C'est comme si quelqu'un se prétendait activiste des droits de l'homme tout en défendant la pratique de l'esclavage, n'autorisant pas les esclaves à parler librement de leur expérience de cette situation, mais parlant agressivement en leur nom dans un langage de droits pour soutenir leur maltraitance, et insistant pour que l'on change ces termes au nom de l'égalité. Après tout, le vocabulaire de l'achat et de la vente d'êtres humains est terriblement révoltant et dégoûtant, tu ne trouves pas ? Ça donnerait presque l'impression que c'est, et bien, mal.

Si quelqu'un est traité comme moins qu'un humain, aucune quantité de jeux sur les mots ne rendra cela bien. C'est se moquer du langage de l'utiliser de cette façon. La pornographie et la prostitution, c'est la consommation d'une inégalité. Le fait que cela été ré-étiqueté par l'industrie du sexe et quelques soi-disant "féministes" comme étant une source d'empowerment pour les femmes qu'elle utilise ne change pas sa nature réelle. L'industrie du sexe vend les femmes et détruit les vies de celles qu'elle utilise. Point.

Je suis d'accord avec la suggestion d'une autre femme avec qui j'ai parlé à Londres, disant que peut-être que les femmes qui voudraient s'auto-proclamer féministes mais qui sont pro-pornographie devraient à la place se faire appeler militantes positives de de l'abus sexuel. Après tout, pour quoi se battent-elles si ce n'est pour défendre l'abus sexuel d'autres femmes ? Appelons un chat un chat et appliquons un peu de sens commun ici plutôt que de croire aux mensonges.

mercredi 26 mai 2010

Sur l'égalité

L'autre jour je parlais avec une amie de la haine des hommes, et ça m'a fait réfléchir... Je ne hais pas les hommes. Je suis passée par une phase de haine des hommes, quand je "travaillais" comme prostituée, et en y regardant, c'est facile de voir pourquoi. Mon ex partenaire abusait de moi, les hommes qu'il me présentait abusaient de moi et les clients payaient pour abuser de moi. C'était beaucoup plus sécurisant pour moi de dire, les hommes sont des merdes, ils te font souffrir, et de me déconnecter. Je pense que ça a rendu les choses moins personnelles, moins douloureuses pour moi en tant qu'être humain, de dire que tous les hommes sont comme ça.

Maintenant cependant, en guérison, et à mesure du temps, j'en viens à croire quelque chose de différent. À mesure que la colère diminue, et que je peux voir les choses un peu plus clairement, voir la douleur un peu plus clairement, je peux voir mon ancienne vision pour ce qu'elle était : un mécanisme de défense qui était utile dans une situation de traumatisme extrême. Je me suis attaquée à une thérapie pour guérir (j'ai passé 12 mois à voir un thérapeute homme, qui m'a immensément aidée sur mes difficultés à faire confiance aux hommes), et j'ai rencontré quelques hommes bien avec qui je suis devenue amie. J'en suis venue à voir la vérité : de même qu'il y a des femmes gentilles et des femmes méchantes, il y a des hommes gentils et des hommes méchants. Il se trouve juste que j'ai passé plus de temps avec les seconds !

L'industrie porno perpétue un mensonge, elle nous vend un mensonge qui dit que les hommes et les femmes sont fondamentalement complètement différents. Les femmes sont là pour être utilisées, pour être baisées et photographiées et filmées comme des animaux sexuels, qui veulent ça, qui aiment ça, et qui jouissent là-dessus (regarde moi ce sourire !). Les hommes, par contre, sont là pour dominer, pour pénétrer, pour violer, en toute impunité. Tout cela sous le déguisement de la "liberté d'expression", de "plaisirs inoffensifs", de "les hommes sont comme ça". C'est excusé, non, plus que ça, c'est attendu que les hommes se comportent d'une certaine façon, traitent les femmes d'une certaine façon, pour qu'ils soient vraiment des hommes. Les sous-titres sont clairs : si tu refuses d'utiliser de la pornographie, de traiter les femmes comme des objets sexuels, de les voir comme une collection de parties du corps et de "trous" qui existent pour ton plaisir, tu n'es pas vraiment un homme. Similairement, une femme qui se demande si une industrie qui vend les corps des femmes, qui fait des tonnes d'argent pas pour les femmes qu'elle utilise mais pour les hommes qui les vendent, est vraiment "libératrice" et créatrice d' "empowerment" pour les femmes, cette femme est étiquetée comme prude.

L'industrie du sexe a réussi quelque chose de tout à fait remarquable : elle a piraté le langage du féminisme et du choix pour défendre ses pratiques destructrices et oppressives. Et la société a gobé ça tout cru. Je ne crois pas que ce soit facile pour qui que ce soit, homme ou femme, de se dresser contre ce qui est devenu "normal" et qui fait partie de la culture dominante. La société a naturalisé quelque chose qui n'a rien de naturel, qui oppresse les hommes et les femmes. Il n'y a rien de nouveau à propos de l'oppression des femmes, mais la façon dont l'industrie du sexe cherche à éliminer ses opposants en se posant en protectrice de la liberté d'expression, de la justice et de la liberté, a ajouté un obstacle très intelligent et a rendu encore plus difficile pour les gens de se positionner à son encontre.

Les mensonges que l'industrie du sexe nous raconte et nous vend font du tort aux hommes comme aux femmes. Mais nous ne sommes pas obligés de croire à ces mensonges. Je crois que les hommes et les femmes sont égaux, et qu'une relation saine entre les hommes et les bases doit être fondée sur le respect de leur humanité et de leur dignité communes. On saigne tous quand on se coupe. On a tous mal quand on nous frappe. Dire aux hommes qu'ils sont "moins virils" s'ils ne traitent pas les femmes comme des objets sexuels est leur rendre un mauvais service. Dire aux femmes qu'elles sont "prudes" parce qu'elles veulent être traitées comme autre chose que des objets sexuels est leur rendre un mauvais service.

Il n'est pas surprenant qu'une industrie si énormément profitable se défende à tout prix contre les attaques. Ce qui est peut-être plus surprenant, c'est la façon dont notre société a gobé ce mensonge si facilement. Selon mon expérience, une grande partie de l'inaction autour des inégalités que l'industrie du sexe alimente est purement basée sur l'ignorance. Les gens qui n'ont pas une expérience personnelle de l'industrie du sexe regardent les arguments tels qu'ils sont servis (par l'industrie du sexe), et sont attirés par ce qui apparaît superficiellement être le côté du "choix" et de l' "empowerment" des femmes, c'est à dire l'argument de l'industrie du sexe. En tant que survivante de la pornographie, de la prostitution et de la violence domestique, il n'y a rien de plus douloureux pour moi que de regarder d'autres femmes se battre pour défendre les "droits' d'autres femmes à être traitées comme je l'ai été. Les arguments que les défenseurs de l'industrie du sexe utilisent sont abstraits, impersonnels, à grande distance de la réalité, et aseptisé au-delà de toute signification. Je défie qui que ce soit, homme ou femme, qui a vu ce que j'ai vu, qui a fait l'expérience de ce dont j'ai fait l'expérience - être violée, être frappée, être menacée, être vendue - de continuer à défendre les pratiques de l'industrie du sexe. L'utilisation des femmes par l'industrie du sexe est avant tout personnelle ! Être nue et pénétrée et voir les autres se branler sur toi et être utilisée encore et encore, difficile de faire plus personnel.

Alors bien que je reste prudente dans mes interactions avec les hommes (de même qu'avec les femmes : la confiance met du temps à se reconstruire après avoir été si profondément anéantie), je ne crois pas au mensonge de l'industrie du sexe qui dit que les hommes sont à la merci de leurs hormones, contrôlés par leur pénis. Je crois que les hommes méritent qu'on leur donne plus de crédit que ça. Les hommes et les femmes qui s'opposent à ce que fait l'industrie du sexe à notre société, et à la façon dont elle traite les gens qu'elle utilise, doivent joindre leurs forces et se battre ensemble. Tout cela est nécessaire, parce que le triomphe de l'horreur, c'est quand les gens bien s'asseoient et ne font rien. Il est temps de parler, côte à côte, hommes et femmes.

mercredi 19 mai 2010

Submergée de rage et bouillant de désespoir


Il me semble me sentir très en colère en ce moment. Pour moi, la colère et la tristesse vont main dans la main, et parfois ce qui se manifeste comme une rage extrême est en fait de la souffrance ou une perte. Je pense que cela se rapporte aux choses qui me sont arrivées par le passé. Souvent, il était dangereux de pleurer, ou d'exprimer la moindre émotion. Énervé par le moindre indice de tristesse de ma part, mon ex me disait de "fermer ta gueule ou je te donnerai une bonne raison de pleurer". Ou alors parfois il exigeait que je pleure - il jouirait dessus. Dans tous les cas, tout est devenu emmêlé dans les jeux de pouvoir et de contrôle dans lesquels je me retrouvais, et je suppose qu'il n'est pas surprenant que cela demande de prendre un peu de recul.

La patience n'est pas mon point fort et je me retrouve très souvent à me réprimander moi-même de ne pas être "bien rangée", d'être encore en train de lutter avec mon passé. Ma voix logique me dit que je devrais me laisser faire une pause, me montrer un peu de compassion, que j'en ai vu assez et que je n'ai pas besoin d'ajouter à la souffrance, à la honte. Mais tout de même, c'est en chantier. Je trouve ça tellement dur de prendre soin de moi ! Ce serait tellement plus facile de faire mon vieux truc, l'autodestruction. Me tailler les veines. Picoler et vomir. M'affamer. Prendre des risques... En processus de guérison, je travaille vraiment dur à changer mes vieilles habitudes, et c'est épuisant. Accepter mon corps comme étant moi et le mien signifie accepter que ce qui est arrivé m'est arrivé à moi, et pas à quelque chose d' "autre" ou de séparé. Cela signifie se rendre compte qu'à chaque fois que mon corps a été battu et vendu, j'ai été battue et vendue. Dur à avaler.

Si cela peut sembler incontestablement évident que moi et mon corps sommes une seule et même unité, cela vaut la peine de signaler que ce n'est pas évident pour moi. Des années de déchirure, de dissociation, consciemment ou d'une autre manière, à agir comme un observateur, un extérieur, regardant ce corps, ces pensées, détachées et séparées, me laissent morcelée. Le regardant me crier dessus, je pouvais me sentir étrangement calme, presque hypnotisée. Je peux voir ses lèvres bouger, mais je ne peux pas vraiment l'entendre, je vois des mots se former, mais ils ne veulent rien dire. Dans mon esprit, je dissèque chaque mot et épelle chaque lettre avec précision. Il y a de la bave qui se forme sur sa lèvre. Je vois que cet homme va frapper cette femme, mais ça n'a pas vraiment d'importance, parce que ça n'est pas vraiment moi. J'observe à distance.

On me dit (et j'ai lu - je lis beaucoup de choses là-dessus maintenant, pour mieux me comprendre, pour guérir) qu'une telle séparation est le produit d'un traumatisme extrême - un mécanisme de défense. Incapable de m'éloigner physiquement de la maltraitance, j'ai cherché à me distancier mentalement, faisant la seule chose que je pouvais faire. L'esprit est un outil remarquable. Les bouddhistes parlent souvent de simplement observer les pensées et les sentiments allant et venant, ils parlent d'impermanence et de non-attachement, et ça a beaucoup de sens pour moi.
Mais là, clean et sobre depuis trois ans, je suis dans ce processus épineux qui consiste à remettre ces pièces ensemble à nouveau, de transformer cet amas de morceaux en quelque chose de complet. C'est une progression lente et douloureuse. J'ai suivi une thérapie, et je travaille le programme au quotidien. Je travaille beaucoup sur le reproche et la honte en ce moment, alors ce n'est pas étonnant que mes émotions ne tiennent pas en place. Quand l'homme qui te maltraite te dit que tu le mérites, pire, que c'est toi qui les pousse à te faire ça, et que tu es isolée et terrifiée et pleine de peur et tu te hais pour l'alcool et les drogues, tu y crois. Et je me rends compte que même si rationnellement je peux voir que ce qui est arrivé n'était pas ma faute, que le reproche et la honte appartiennent aux auteurs de ces violences, mes émotions mettent un moment à le comprendre. Si c'était quelqu'un d'autre, je n'aurais aucun problème avec ça. Mais, c'est toujours la même histoire, alors que je peux être compatissante et objective avec les autres, je trouve ça extrêmement douloureux et difficile d'appliquer ce même soin et cette même réflexion à moi-même.

Je suis tellement en colère ! Envers mon ex pour l'extrême maltraitance physique, verbale et sexuelle qu'il m'a fait traverser. Envers les hommes qui m'ont utilisée, qui m'ont forcée, qui savaient que je ne voulais pas de rapports sexuels, qui me giflaient et se moquaient de moi et me baisaient quand même. Envers les hommes qui se sont fait de l'argent, qui ont pris des photos et filmé ce qui se passait. Envers mon ex pour m'avoir frappé et me forcer à performer pour ces hommes comme un animal, juste pour avoir de la drogue. Envers les médecins et les infirmières des urgences pour m'avoir jugée et m'avoir traitée comme de la merde en ces occasions où j'étais capable de chercher une aide médicale. Et je suis en colère envers moi parce que je me sens encore et toujours responsable de choses qui étaient complètement en dehors de mon contrôle.
Je suis en colère contre moi pour être en colère contre moi (ce qui ne veut absolument rien dire, je sais).

Mais sous la colère, et j'ai pu y jeter quelques coups d'oeil ces dernières semaines, il n'y a qu'une profonde, profonde tristesse pour ce qui m'est arrivé, à ce qui arrive à des femmes dans ce pays tous les jours. On m'a dit que j'ai eu de la chance de survivre, et je suis effectivement chanceuse. J'étais absolument convaincue qu'il me tuerait s'il en avait envie - il me l'avait dit. Quand tu vis à travers ça, tu perds tellement de choses, et j'ai l'impression que je pleure certaines de ces choses aujourd'hui. Tu perds foi en les gens, en leur humanité. Mais plus que tout, tu te perds toi-même. Quand tu es en permanence en train de te forcer, dans une tentative désespérée d'éviter une séance de coups, tu ne sais plus qui tu es. Quand tu agis comme un animal pour survire, tu te hais. Quand ton corps n'est pas le tien et quand les hommes te touchent et te baisent et te frappent et t'utilisent et quand tu ne peux pas les arrêter, tu perds ta dignité. Tout t'est enlevé : tu ne t'appartiens pas.

Mon corps, mon esprit, ont fait ce qu'ils ont pu pour me protéger à ce moment là. Mais ici et maintenant, ce qui m'avait alors protégée peut m'isoler et me nuire. Je suppose que je dois être un peu plus bienveillante avec moi-même. Après tout, il n'y a pas de chemin rapide vers la guérison. Je fais ce que je peux, et on m'aide. Quand je mesure mes progrès par rapport aux autres gens, je dois me rappeler qu'étant donné ce qui s'est passé, je m'en sors pas trop mal. Je ne vais pas trop mal. Je n'y croyais pas avant, mais tu sais, la plupart du temps, maintenant j'y crois. En colère ou triste, fatiguée ou découragée, je vais bien.

vendredi 14 mai 2010

Le visage public d'Angel

Juste pour dire...

Je vais parler à la conférence Compass de cette année. Cela ne sera que la deuxième fois que j'aurai parlé en public de mes expériences, et j'ai des papillons dans l'estomac depuis que j'ai accepté d'y parler ! J'ai tendance à ressentir beaucoup d'émotions contradictoires dès que je parle de tout ça, que ce soit à travers mon blog, à travers des témoignages en ligne ou en public, face à face. Je crois à 100% qu'il est extrêmement important que le message soit diffusé à propos de ce que l'industrie du sexe signifie réellement pour les femmes, derrière son langage féministe. Mais je trouve aussi que c'est incroyablement douloureux de regarder mon passé, et parfois j'ai besoin de me retirer pendant un moment pour m'occuper de moi.

Cependant, je mets en place quelques mesures de sécurité pour mon bien-être (rejoindre des amis après, etc.) et je parlerai aux côtés de quelques femmes que je suis chanceuse de pouvoir compter parmi mes amies. J'ai vraiment rencontré les gens plus incroyables, les plus forts et au plus grand coeur depuis que je suis devenue active en parlant de la prostitution et de la violence domestique. Alors je suis heureuse de pouvoir les revoir, et également d'avoir reçu une nouvelle opportunité d'essayer d'étaler la vérité au grand jour. J'espère que des gens vont venir ! 

La conférence Compass de cette année se passera le samedi 12 juin 2010 à l'Institut de l'Education, à Londres, avec ce séminaire en particulier tenu à 11 heures. Vous pouvez trouver des détails sur www.compassonline.org.uk .
Il y a beaucoup de séminaires qui ont l'air intéressants, alors nous avons de la compétition sérieuse !

Si vous ou quelqu'un que vous connaissez êtes intéressés, venez ! Ce serait génial de rencontrer des gens dans le même état d'esprit, et le feedback que j'ai eu sur ce blog a été vraiment apprécié - ce serait bien de rencontrer certains d'entre vous.

Mes excuses à celles et ceux d'entre vous qui n'habitent pas près de Londres - je suis moi-même parfois frustrée en tant que nordiste de ne pas pouvoir m'impliquer encore plus. UK Feminista est une des associations dont je fais partie qui essaie de faire quelque chose pour ça, alors peut-être que nous aurons bientôt quelque chose de similaire au nord du pays.